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 Interview avec le pianiste - Arcadi Volodos -

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The Jemboy
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MessageSujet: Interview avec le pianiste - Arcadi Volodos -   Dim 16 Oct - 22:44

Interview avec le pianiste Arcadi Volodos

de Teresa Pieschacón Raphael

On vous appelle le « virtuose qui ne sourit pas »(Rire). Je ne lis jamais ce que l’on écrit à mon sujet. De plus, je n’aime pas la façon dont on emploie aujourd’hui le terme virtuose, qui ne qualifie plus que la rapidité, la puissance, le caractère démonstratif, et pas l’art véritable. Cette performance sportive n’a pour moi rien à voir avec la virtuosité, qui est quelque chose de bien plus complexe. Un virtuose doit pouvoir ajouter une note poétique, des couleurs, des nuances. Aujourd’hui, pourtant, le public est moins exigeant.

Vous ne pouvez pas nier que votre répertoire, qui consiste essentiellement en arrangements, paraphrases et interprétations virtuoses, comprend certains éléments démonstratifs ?.
Le côté « spectacle » et clinquant ne m’intéresse absolument pas. La plupart des gens ne sont pas suffisamment cultivés, et n’ont souvent pas d’opinion propre. Une pièce de Liszt offre d’innombrables possibilités de découverte de la musique et du piano. Cette grande inspiration, cette rapidité de composition… C’est réellement impressionnant.

Vos parents étaient chanteurs...
... Ce qui ne signifie pas pour autant que j’aime le chant. Je me suis entièrement consacré au piano à partir de l’âge de seize ans. Je n’ai jamais voulu être chanteur, peut-être parce que mes deux parents l’étaient. Mon père était baryton soliste, et ma mère a toujours été choriste. Le chant ne m’a jamais particulièrement inspiré.

Votre biographie mentionne que vous avez étudié le chant
Non, c’est un mensonge, que je vous demande de rectifier. On m’a forcé à chanter, ce que je détestais. Jusqu’à mon seizième anniversaire, j’étais dans une école de chant choral épouvantable à Saint-Petersbourg, qui était bonne en soi, mais qui ne me convenait pas. Cela ne m’intéressait pas, tout simplement.

Pourquoi vouliez-vous absolument devenir pianiste ?
J’aime cet instrument, tout simplement. La solitude du pianiste ne me préoccupe pas. J’aime organiser moi-même mes journées, et je ne pourrais pas être chef d’orchestre en chef, car ce type de poste implique un travail administratif considérable, ce que j’exècre. En outre, il faut beaucoup d’énergie pour motiver les autres, et je déteste transmettre à d’autres une partie de mon énergie. J’apprécie mon indépendance, ce qui explique que je n’aime pas les répétitions.

Comment un solitaire tel que vous s’est-il débrouillé dans le système communiste dans lequel vous avez grandi ?
A l’époque, cela ne me frappait pas, alors que maintenant, le côté bizarre de certaines situations m’apparaît. Tout était collectif, et nous avions beaucoup (trop) d’obligations. Un jour, on nous a demandé qui ne voulait pas entrer dans le mouvement des jeunesses communistes, le Konsomol. Sur trois cents jeunes, nous sommes trois ou quatre à avoir levé la main. (Rire). Notre refus n’a posé aucun problème. Le système s’était déjà assoupli, et était devenu moins dangereux et moins répressif que quelques décennies plus tôt.

Que seriez-vous devenu si vous n’aviez pas quitté votre pays à l’âge de vingt ans ?
Je n’en sais rien. Mon pays est très différent, maintenant, et beaucoup de choses y ont changé. Tous mes amis musiciens ont émigré de Russie ; si j’y retournais aujourd’hui, je n’y aurais plus d’amis. Ma mère vit encore à Saint-Petersbourg, mais la mentalité y a aussi évolué. Je suis un étranger, là-bas. Je me sens bien à Madrid, où j’habite. Il y fait très chaud, mais je préfère la chaleur au froid russe.

Vous vous produisez demain soir. A quoi occupez-vous votre temps avant le début du concert ?
Je me promène en ville, et comme j’adore l’informatique, j’emporte toujours un ordinateur portable avec moi, qui me permet de regarder des films et d’en réaliser. Cela m’intéresse.

Avez-vous une mémoire visuelle dont vous vous servez quand vous étudiez un nouveau répertoire ?
Je n’y ai jamais réfléchi. La musique et l’informatique sont deux choses différentes, entre lesquelles je n’établis pas de lien. On peut réaliser pas mal de choses sur un ordinateur, sur le plan technique, mais l’instrument est un univers différent.

Un grand nombre de musiciens déplorent de devoir voyager autant. Et vous ?
Avant, c’était épouvantable, tandis qu’aujourd’hui, je voyage avec mon amie. Cela dit, lorsqu’on est aux Etats-Unis, par exemple, on a l’impression de ne pas bouger. Tout est pareil partout. Les hôtels se ressemblent, tout comme la nourriture. Tout est standardisé. J’ai cru devenir fou lors d’une tournée en Amérique : 15 concerts, trente vols, et pourtant, j’avais l’impression de ne pas avoir quitté la ville. Je trouve cette vie normalisée atroce, et épuisante. L’Europe est pour moi un paradis, car les différences n’y ont pas disparu.

C’est de moins en moins vrai, car l’UE essaie de tout réguler, et la mondialisation se charge du reste
C’est le début de la fin de l’art ; la standardisation détruit tout, tue l’individualité, alors que c’est cela qui fait que l’on est ou pas un grand artiste.

On a pourtant l’impression que c’est ce que les hommes recherchent...
C’est vrai, mais c’est quelque chose que je ne peux pas comprendre. Il faut que tout soit compatible et identique. Tout le monde se ressemble, et notre monde est à plaindre, qui ne connaît pas la véritable beauté de l’art. Avant, une sorte de magie opérait, et les gens se laissaient enchanter. Aujourd’hui, ils jettent sur l’art le même regard que sur un nouveau canapé, ce qui est un véritable problème. Je trouve que ce phénomène n’est pas encore trop marqué en Allemagne, qui est le meilleur pays pour la musique classique, et, à mes yeux, le pays le plus musicien de tous. Cela dit, je ne connais pas le Japon.
Je suis peut-être pessimiste en ce qui concerne l’humanité, mais pas par rapport à mon art. En effet, c’est ce qu’on peut faire de plus beau. C’est un grand privilège, un magnifique cadeau d’avoir vraiment accès à la musique.

Propos recueillis par Teresa Pieschacón Raphael


Dernière édition par le Dim 16 Oct - 23:52, édité 1 fois
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flolepianiste
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MessageSujet: Re: Interview avec le pianiste - Arcadi Volodos -   Dim 16 Oct - 23:37

Bien cette interview !
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